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Par Samuel Njakwa   

Egalement...
Habib Koité

Habib koiteL’Ambassadeur des rythmes mandingues

Avec « Afriki », le chanteur malien Habib Koité fustige la jeunesse africaine à qui il demande de s’attacher aux valeurs traditionnelles. Rencontre.

 


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Invitation à la méditation
Né dans une famille de griots, le Malien Toumani Diabaté est issu de la 71è génération de joueur de kora. Pendant 20 ans, ce musicien exceptionnel va multiplier des collaborations (Taj Mahal, Rud Roswell, Björk) et sillonner le monde. "Mandé Variationsé" retrace l’ensemble de sa carrière.

Comment as-tu appris à jouer de la kora ?
J’ai commencé à jouer de la kora dès l’âge de 5 ans. Personne ne m’a appris à jouer de cet instrument. Je fais partie de la 71ème génération de joueur de kora et mon fils, Sidiki, qui fait partie de la 72ème génération, s’y prépare. La kora fait partie de l’histoire de ma famille, elle est ancrée dans la tradition.

Comment as-tu reçu ton instrument ? Est-ce toi qui l’a fabriqué ?
Dans la famille, nous fabriquons nos instruments de musique, mais j’ai reçu ma kora en cadeau.

Est-ce que tu transmets ton savoir aux autres à ton tour ?
J’ai une école d’apprentissage de kora et j’enseigne au conservatoire des arts et métiers multimédia à Bamako. Les jeunes s’intéressent aux traditions. Surtout avec le hip hop, qui leur permet d’intégrer les instruments traditionnels dans cette musique. Et en plus ils rappent souvent en utilisant nos dialectes.

Comment définirais-tu ton rôle en tant que griot ?

Je reste très attaché aux traditions. Je suis griot, nous sommes les archives de l’Empire mandingue.
Le rôle du griot est encore plus accru aujourd’hui. Tant qu’il y aura des mariages, des naissances, des baptêmes, des décès, le griot ne s’éteindra jamais. Son rôle est de tout organiser en sauvegardant l’histoire de l’Empire Mandingue. Il y a énormément de livres sur l’histoire de l’Empire Mandingue.

Tu es griot certes, mais un griot voyageur !
En voyageant, j’offre ma musique à ceux qui ne la connaissent pas. Je permets à ceux qui ne connaissent pas l’Afrique de la rencontrer afin de découvrir un empire qui existe depuis près de 700 ans. C’est aussi quelque part, éduquer l’Occident. Nous avons une culture exceptionnelle, unique et pure. L’Afrique est le continent le plus pauvre économiquement, mais demeure le premier en matière de culture. Notre musique existe avant les opéras ou la musique classique en occident, avant Beethoven, Jean Sébastien Bach, Mozart etc. Elle a besoin d’être acceptée, reconnue et appréciée. Pour les Occidentaux, lorsqu’on parle de musique africaine, ils pensent aux djembés, alors que nous avons différents styles musicaux : il existe des musiques pour la méditation, pour la fête, pour les baptêmes, les décès….C’est une des raisons pour lesquelles j’ai réalisé Mandé Variations. 

Toumani Vu par malick Sidibé


Ce projet solo est en quelque sorte un retour aux sources
C’est vrai que mon premier album solo date d’il y a 20 ans. A l’époque, j’étais tout seul, ce n’est donc pas la première fois que je me lance dans ce type de projet. Ma musique parle d’une légende. Je ne suis pas tenté par une musique commerciale. Ali Farka Touré, par exemple, qui fut et demeure un monument de la musique, m’a inspiré, ce qui m’a donné le courage de faire cet album, qui retrace mes 20 années de carrière.

20 années durant lesquelles tu ne cesses de voyager et de rencontrer d’autres artistes...
J’ai rencontrés des artistes aux styles de musique et aux horizons très différents : Taj Mahal, Tiken Jah Fakoly, Damon Albarn, Rud Roswell, Björk… Et cet album retrace toutes ces rencontres. Je n’ai fait que jouer ma musique et ces artistes ont joué la leur. Nous avons rassemblé nos musiques et créé une autre musique. La rencontre de nos musiques a donné naissance à une nouvelle musique.


Tu parlais tantôt de musique d’écoute, de méditation, et ton album donne à réfléchir
Le monde est aujourd’hui confronté à d’énormes problèmes : On parle de réchauffement climatique, de sida, de terrorisme etc … Qu’on soit Africain, Européen, Asiatique, Américain, nous sommes tous matérialistes. Nous voulons remplir nos comptes en banque et nous ne faisons plus rien pour notre moi intérieur. Un proverbe malien dit : «  Seul ce que tu manges et bois t’appartient, le reste ne t’appartient pas. » La spiritualité n’existe presque plus. Dieu a créé l’homme et ce dernier, l’argent. L’homme a pourtant été créé pour qu’il se souvienne de Dieu. A partir du moment où l’argent a été créé, nous avons oublié notre raison d’être. Le riche, pas plus que le pauvre, ne sait plus où aller, quoi faire. Chacun se cherche. Nous sommes responsables de nos problèmes.
C’est aussi une des raisons de cet album, qui inspire la paix, le spirituel, la communication et la tolérance. J’invite tout le monde à retourner vers certaines valeurs.

Ce sont ces valeurs qui t’ont poussé à t’impliquer face aux problèmes de l’eau au Sahel ?
Je pense aux Humains, et j’invite tout le monde à faire de même. Je fais bientôt un concert à Saragosse en Espagne avec différents invités : Amadou et Mariam, Dee Dee Bridgewater, Tiken Jah, Björk, il yaura aussi le guitariste de Buena vista social club.


Samuel Njakwa
Au sujet de l\'auteur:
Après des études de sciences politiques à Montréal (Canada), il s’installe définitivement à Paris en 1994. Journaliste politique jusqu’en 1996. Après avoir lancé un magazine, le disque africain, en 1998, il est atteint par le virus de la photographie. Virus qui ne le lâche plus depuis…
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