Par Moustapha NSANGOU (Le Caire, correspondance spéciale)
"Issa Hayatou est camerounais, nous craignons que l'arbitrage ne favorise Cotonsport". Ces propos, pas très tendres, tenus à l'endroit de la Caf et de son président par Manuel José, le coach d'Al Ahly, lors de la conférence de presse après la victoire de son club sur Enyimba donnent le ton d'une finale qui pourrait faire couler beaucoup d'encre et de salive si l'arbitrage venait à être indexé pour une quelconque partialité.
Le sacre final serait donc à la portée d'Al Ahly si tout devrait se jouer sur la pelouse du stade du Caire et celle de Roumdé Adjia, et non dans les bureaux feutrés du siège de la Caf sis au quartier 6 octobre du Caire. Les propos du très sémillant Manuel José, un habitué des déclarations au vitriol, toujours à l'affût du moindre soufre pour s'enflammer, est ni plus ni moins une guerre psychologique qui est une autre arme d'Al Ahly et par ricochet de l'Egypte, victime du 'complot' de la Caf devant l'éternel. De là à dire que Issa Hayatou, qui n'a pas pu placer un club camerounais en finale de la Champions League africaine depuis deux décennies, offrira le trophée à Cotonsport sur un plateau en or, il y a peu de distance.
Issa Hayatou et Hassan Hamdi le président d'Al Ahly lors de la cérémonie de signature d'un contrat de sponsoring entre la Caf et une sociéte d'eau minerale. De quoi rasseréner les supporters d'Al Ahly sur la neutralité et l'impartialité de l'arbitrage.
La finale de la saison passée perdue par Al Ahly devant l'Etoile du Sahel a provoqué un raffut de tous les diables. L'ennemi juré de tout un peuple était tout trouvé, l'artisan de la débâcle, l'arbitre qui officia la partie pourtant avec brio, le marocain Arjoun. On lui reprocha de n'avoir pas sifflé un penalty (qu'est-ce qu'ils aiment les penaltys !) consécutif à une faute sur le 'plongeur' Abou Treika. 'L'armée rouge' (en référence à la couleur d'Al Ahly) avec sa puissante machine médiatique fut mise en branle, et vite fait, une photo 'fabriquée' où l'on pouvait voir Arjoun et le vice président de l'Etoile du Sahel en plein dîner tête à tête dans un restaurant huppé de Paris fut brandie comme argument massue. Lequel argument s'avérera plus tard spécieux et mettra à nu une démarche cocasse, risible, qui visait à confondre la Caf avec une 'pièce à conviction' afin qu'elle restitue à Al Ahly 'sa' coupe… logiquement perdue. Al Ahly voulait fêter son centenaire avec tout le faste digne d'un club de sa trempe. Ma'léch!
Finale C2 Zamalek-Canon, en décembre 2000
Qui plus que les clubs égyptiens, voire même l'équipe nationale égyptienne, bénéficie plus des largesses arbitrales ? Le Canon le sait très bien. Il lui suffit, en 2000, d'avoir le cran de marquer un tout petit but au stade du Caire pour voir le match basculer en un clin d'œil. Expulsion du gardien Bekono sur une faute imaginaire sur Tarik el Said, un autre plongeur émérite. Et la suite, on le connaît, le Zamalek dirigé à l'époque par Otto Pfister enfile les buts comme des perles, 4 au total, devant un Canon tétanisé. A ce moment, la camerounité de Issa Hayatou est scotomisée parce que l'arbitrage nous arrange.
Donner des leçons d'équité, de probité et d'impartialité aux arbitres à la veille d'une finale est à la limite une forme d'intimidation, de pression dont Al Ahly est passé maître dans l'art. Car, il faut le savoir, Al Ahly est 'au-dessus de tout', même de la défaite. Alors quand Al Ahly perd un match en Egypte, c'est forcément l'arbitre, quand il perd un match hors de l'Egypte, c'est l'aire de jeu, le manque d'oxygène et encore et surtout l'arbitre.