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Que sont-ils devenus: Thomas Nkono Convertir en PDF Version imprimable Suggérer par mail
Par Jean-Pierre ESSO   

TOMMY

Dans cette nouvelle série d'articles, Okabol.com va à la rencontre d'une ancienne gloire du football africain. Que fait-il ? Quel contact a-t-il gardé avec le monde du ballon rond ? Quel regard porte-t-il sur le football d'aujourd'hui ? A l'affiche aujourd'hui, Thomas Nkono (53 ans), l'ancien gardien de but du Canon de Yaoundé, de l'Espanyol Barcelone, Sabadell et Bolivar la Paz.

 

Que devenez-vous,Thomas NKONO?

Comme tout le monde le sait, j'ai intégré le staff technique de l'Espanyol de Barcelone, je suis l'entraîneur des gardiens et je continue à être dans le monde du Football.

A quel moment s’est arrêtée votre carrière ?

Il ya de cela plus de 20 ans aujourd’hui. J’ai arrêté en Bolivie, et j’ai commencé à avoir une formation d’entraîneur de gardiens de l’équipe du Cameroun en 1998.

Avez-vous avez toujours rêvé d’être entraîneur, lors de votre carrière de joueur ?

Non, je n’ai jamais pensé à transmettre mes connaissances par rapport à ce métier, mais je crois que pour moi, c’est une chance d’être resté dans le football. L’après-carrière n’est pas toujours très facile à gérer, mais pour moi, c’est une chance que je sois resté.



Est-ce qu’on peut dire aujourd’hui que vous avez des regrets par rapport à votre carrière ?

Pas du tout! Au contraire, quand je suis sorti de Dizanguè [Cameroun], personne n’aurait pensé que j’aurais fait cette carrière. Pour moi, c’est avec une grande joie quand je revois tout ce que j’ai fait, que ce soit au niveau amateur ou professionnel, je n’aurais jamais cru que j’allais gagner ma vie comme professionnel.

Justement par rapport à votre carrière, quel souvenir vous en gardez ?

De très beaux souvenirs! Je crois que personne n’aurait pensé qu’on pourrait voir un Africain jouer comme gardien de but ici en Europe. C’était chose difficile à penser, mais je crois qu’avec des efforts et du talent, j’ai pu le faire.

Y a-t-il un match en particulier que vous avez gardé dans votre tête ?

Il y a tellement de grands matches, mais je me dis qu’on garde toujours beaucoup de souvenirs dans sa carrière. Je pense aux éliminatoires que nous faisons contre le Maroc pour aller à la première qualification pour la coupe du monde. Quand je reste tranquille et je réfléchis, je pense en club aussi avec le Canon de Yaoundé. La coupe que nous allons arracher à Kinshasa contre l'AS Bilima n’était pas chose facile à faire, une coupe qui était presque perdue. Je crois que ce sont les deux meilleurs moments de ma carrière.



Après avoir fait match nul 2-2 à Garoua, quel était le plus dur pour le Canon dans cette finale retour de Coupe des Champions 1980?
La chose la plus dure était de savoir maitriser l'ambiance! L'ancien stade du 20 Mai à Kinshasa n'était pas facile. Je crois que celui qui a maitrisé la chose était Jean-Paul Akono. En sortant du bus, il a dit aux zaïrois qu'ils allaient avaler leurs paroles, A ce moment, là toute l'équipe était revigorée. On a fait le match et on a gagné. Il y a eu la blessure de [Jean-Daniel] Eboué vers la fin. Mais le but de Jean [Manga Onguéné] nous a tranquillisé et le deuxième est venu rapidement. A partir de là, on a su maitriser les choses, cacher le ballon, on était les maîtres à ce jeu!

Au fameux match du Maroc de 1981, à Kénitra, vous pensiez à quoi au moment du pénalty de Chicha ?
On pense à l’arrêter! C’est vrai qu’à ce moment, nous n’avions pas autant d’informations comme aujourd‘hui. C’est vrai qu’aujourd’hui, on a beaucoup plus d’informations par rapport avec qui on va jouer, contre qui on va jouer, ce qui n’était pas le cas avant! Donc, on pense beaucoup plus qu’à l’arrêter être prêt psychologiquement, être prêt toujours à faire son devoir et moi j’ai eu la chance de l’arrêter.
Aujourd’hui est-ce que vous en voulez encore à quelqu’un du milieu du football de l’époque où vous jouiez ?

Même pas. Les choses du football, il faut les prendre comme elles sont. C’est un monde disons de vérités un peu cachées c’est un monde qu’il faut prendre à sa manière, le prendre comme le sport  même si quelqu’un t’a fait du mal dans le monde du football, il faut que ça reste dans ce monde là.

Est-ce que vous gardez alors des contacts avec vos anciens coéquipiers de l’équipe nationale, des clubs, des différents clubs ?

 Non, c’est difficile au niveau de la communication mais n’empêche que quand on se revoit c’est avec un grand plaisir qu’on le fait, et quand on peut à un moment donné donner une aide, c’est avec un grand plaisir qu’on le fait. Pour moi, c’est vrai que ça fait quand même 26 ans que je suis parti de l’Afrique et c’est quand même difficile de pouvoir satisfaire tout le monde et de pouvoir revoir tout le monde.

Au dernier stage des Lions en France, vous avez croisé André Kana Biyick qui est votre ancien coéquipier de la Coupe du Monde 1990. Quand vous vous revoyez entre anciens, vous parlez du passé, vous parlez d’anciens matchs ?

Même pas! C’est vrai que Kana c’est une génération beaucoup plus jeune que la nôtre. Mais bon, c’est avec un grand plaisir qu’on se retrouve. Mais n’empêche que ceux qui veulent beaucoup plus nous entendre parler de ça, ce sont les autres générations qui n’ont pas eu ce vécu, parce que les ambiances sont différentes. Ils aiment donc suivre ou comprendre comment on le vivait, comment on vivait les périodes les plus difficiles, comment on vivait les périodes de joie. Je crois que pour eux, c’est avec un grand plaisir qu’ils acceptent d’écouter nos anecdotes.

Un gardien comme Carlos Kameni que vous entraînez en équipe Nationale et aussi en club vous demande-t-il souvent de lui raconter vos souvenirs ?

Non, même pas. Moi je crois que j’aime beaucoup plus les raconter comme les anecdotes de la vie c’est vrai que c’est dans les moments de détentes. Mais je n’aime pas trop y rentrer, parce que beaucoup de gens pensent que vous aimez vous mettre au devant de la scène. Mes commentaires se limitent juste sur des anecdotes qui se sont passées dans ma carrière. Je n’aime pas faire des commentaires, je préfère beaucoup plus que ce soit les autres qui le fassent, parce que parler de soi, c’est parfois mal pris.

 
Kameni et Nkono à l'Espanyol de Barcelone
 
Que vous inspirent les reconversions de vos anciens coéquipiers de l’équipe Nationale ?

J'ai un peu de tristesse par rapport à ce qu’ils sont devenus, parce que la reconversion, comme  je le dit, la deuxième vie du footballeur est la chose la plus difficile. Pourquoi? Parce que nous ne sommes pas habitués parfois à gérer ce que nous avons semé, et parfois cette reconversion devient beaucoup plus difficile. Pour moi par exemple, j’ai la chance d’être resté dans ce monde, et ceux qui sont restés dans ce monde ont beaucoup plus de facilité de pouvoir continuer à faire ce qu’ils aiment, et à partir de là, c’est beaucoup plus facile.

Quel regard portez-vous sur le football actuel par rapport à l’époque ?

Il ya un très grand changement, surtout au niveau des informations. La chance qu’ils ont aujourd’hui, c’est que la majorité joue en Europe. Cela fait que tous se connaissent, ce qui n’était pas le cas par exemple à notre temps où il fallait découvrir ses adversaires sur le terrain, et ça, c’est la plus grande différence. Vous pouviez être surpris par n’importe quelle équipe parce que les adversaires, on ne les connaissait pas. Il fallait  être très intelligent, lire les matchs rapidement, et à partir de là, faire la différence.

Cameroun-Egypte 84

"Tommy" lors de Cameroun-Egypte, CAN 1984

Il ya 25 ans, en 1984, les Lions Indomptables remportaient la Coupe d’Afrique des Nations à Abidjan, le premier grand trophée du Cameroun.
Disons que nous avons eu  beaucoup de difficultés par exemple contre l’Egypte au premier match. Nous avons gagné le deuxième contre le Togo et le troisième aussi.  Moi, je n’ai pas pu continuer parce que mon club avait fait appel moi, et il fallait que je reparte sur l’Espagne. Mais la force du Cameroun a été qu'on a pu, comme on l'a fait lors de la dernière CAN: remonter la pente, se mettre à un niveau beaucoup plus supérieur, ce qui avait été le cas en 84, où on avait gagné mais en 2008, on a perdu. Je me dis que la forme a été prise au fur et à mesure que la compétition avançait.

Vous vous sentez pleinement vainqueur de ce trophée 84 alors que vous n'avez joué que le premier match?
Bien sûr! Personne ne peut enlever mon nom dans la liste des participants de "Côte d'Ivoire 84". J'y ai été, n'en déplaise à quelques uns, j'ai participé et gagné comme tout le reste.
Le gardien italien Gianluigi Buffon dit toujours que vous êtes le gardien qui lui a donné envie de faire ce métier. Quel est le gardien de votre époque qui vous a donné cette envie-là?

Malheureusement pour nous, il n'y avait pas de télévision. On n'avait que la radio et la presse écrite, qui parlait de Pelé, de Yachine...La chance que j'ai eue, c'est qu'au niveau du Cameroun, nous avons eu beaucoup d'entraineurs yougoslaves qui sont arrivés. Mon modèle a été [Vladimir] Béara (ancien entraineur du Cameroun, de 1973 à 1975, ndlr). C'est lui qui a fait de moi ce que je suis devenu. Il a fabriqué un mur pour que je puisse m'entrainer, il a conçu beaucoup de choses pour que je puisse améliorer ma technique individuelle et m'a fait comprendre l'esprit professionnel que je n'avais pas.

A partir de là, je suis devenu celui qu'on connait, avec du talent bien sûr, mais la volonté est la chose la plus importante parce que j'ai vu beaucoup de joueurs qui avaient du talent mais qui n'ont pas réussi à jouer en 1ere division ni en équipe nationale. Ceux qui n'en avaient pas, avec la volonté, ont parfois réussi à jouer dans des équipes professionnelles et dans les sélections.

Maradona
Juin 1990, au Mondiale italien
Un mot sur le nouvel entraineur de l'Argentine, Diego Maradona que vous avez croisé sur les terrains?

C'est une nouvelle opportunité dans sa vie et dans sa carriere de pouvoir prouver qu'il peut rendre service à son pays dans un monde different.C'est quelqu'un d'intelligent, et je me dis que s'il est bien entouré, il peut donner un bon rendement. Etre grand joueur ne veux pas dire être grand entraineur, mais n'empêche que today nous avons pu avoir des grands joueurs devenus grands entraineurs comme Cruyff, Beckenbauer...C'est à lui de le prouver comme ceux là.

Un dernier mot?

Merci de m'avoir donné cette possibilité de dire ce que je fais, ce que je pense et je souhaite bon courage à tous!

Propos recueillis par Jean-Pierre Esso, à Bondoufle

durant la CAN Ghana 2008, Cameroun-Tunisie


Domoreaud-Nkono

Avec Cyril Domoraud, ancien capitaine de la Côte d'ivoire

Avec Samuel Eto'o: déception après la finale Can 08


Entrainements à l'Espanyol avec Kameni

avec Edel Apoula, le gardien remplaçant du PSG


Jean-Pierre ESSO
Au sujet de l\'auteur:
Journaliste depuis janvier 2002, je m'occupe des sports sur Okabol.com, après avoir été rédacteur à Camfoot.com, correspondant de Fifa.com pour l'Afrique à Paris, rédacteur de "lives" à Eurosport.fr, reporter pour Cifoot.com et radio Jam Abidjan au Mondial 2006.
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