Après un premier lancement au Burkina Faso durant le dernier Fespaco, "Africa For The Future" est paru en France. Entre deux avions, Jean-Pierre Bekolo raconte l'histoire de son ouvrage qui parle de cinéma, mais aussi d'autre choses encore....
Jean-Pierre Bekolo, vous revenez juste de Ouagadougou où vous avez participé au dernier Fespaco, comment pouvez-vous résumer votre présence là-bas? En fait, le Fespaco en particulier a été surtout une occasion de faire une rétrospective de mes films, et en même temps, de lancer le livre en Afrique. "Africa for the future", c'est sortir un nouveau monde du cinéma et c'est vrai que ce qui était important et intéressant surtout, c'était d'avoir un peu de perspectives, d'essayer de regarder un peu tout ce qu'on fait et de retrouver le sens dans un contexte précis, justement de personnes qui font le même métier que moi et d'essayer de voir finalement en face d'un certain public donc africain, si tout ça fait sens et où est ce que ça va, d'où ça vient...J'ai fait aussi une master class pour les étudiants de l'école du cinéma là-bas. C'était un peu comme une espèce de mise en perspective de tout ce travail là. 
dédicace à Paris... | 
dédicace à Ouagadougou... |
Vous avez voulu lancer votre livre au Burkina Faso, pour rendre un peu hommage à ce pays car vous y avez gagné un prix en 2007? Non, en fait le livre, c'est d'abord en Afrique. Moi, je pensais qu'il fallait d'abord le sortir en Afrique parce que très vite, on est un peu dans des débats de parisiens qui finalement sont très loin des préoccupations et de l'intérêt des africains qui vivent sur le continent. Pour moi, il était important de penser d'abord un peu aux raisons pour lesquelles on fait ce genre de choses. Et moi, je dis que la première chose, c'est pour un impact sur le continent et que ça puisse peut être le changer en bien et qu'on aie des discussions, qu'ils critiquent, qu'on ne soit pas d'accord mais au moins, c'est là qu'a lieu le débat, parce que c'est aussi là qu'on attend un résultat en fait. Donc, le Fespaco, ce n'est pas seulement le Burkina pour moi mais c'est la capitale du cinéma africain évidemment et moi, je ne m'y sens pas vraiment à l'étranger. C'est vrai que cette ville, non seulement, ça fait depuis 1993 que j'y vais et en même temps, je l'ai vue se développer et évoluer. J'ai des amis et en même temps, quand on vient de Paris, je suis désolé mais on est au pays quoi...Pour moi, il n'y avait pas vraiment de différence avec le sortir au Cameroun ou ailleurs, le livre justement ne traite pas vraiment du Cameroun. Pour moi, le Fespaco était tout simplement une plateforme, qui reste une plateforme du cinéma parce que le cinéma est ce qui a guidé un peu ma réflexion . C'est le cinéma qui m'a formé, c'est le cinéma qui m'a amené à réfléchir d'une certaine façon. Votre livre "Africa for the future" est sous-titré "Sortir un nouveau monde du cinéma"... Quand on fait un film, on s'inspire de la réalité, on la représente d'une certaine manière. Tout ça devient le film mais moi, maintenant, j'aimerais bien que ce cinéma africain accouche aussi d'une autre réalité, c'est à dire que le chemin qui a commencé où on est parti de la réalité et on s'est retrouvé dans la fiction, j'aimerais que cette fiction revienne encore influencer la réalité. Il faut que tout ce que la spéculation de la science fiction puisse nous permettre d'inventer, de créer, d'accoucher du monde idéal, disons du monde dont nous rêvons tous. Le cinéma est le lieu par excellence où on peut s'entraîner presque à penser, à rêver d'un monde de nos rêves.
A quel public est spécifiquement destiné ce livre? Ce que je vais dire là n'est pas vraiment très commercial [rires] car je ne pensais vraiment à personne. L'idée était d'abord de cristalliser les idées du moment et puis d'essayer de les confronter à ceux qui vont bien les lire parce que je ne suis peut être pas sûr que j'ai raison. Moi je me suis dis: je propose cela, voilà ma vision et maintenant, effectivement, il y a aussi une dimension où je parle de tout, de plein de choses dont je ne suis pas forcément spécialiste mais où je me sens totalement dans la légitimité de parler de tout, de notre monde, de la politique, de l'économie, de l'environnement, du cinéma, de l'art, de l'histoire et tout ça, parce que c'est ce qui nous réunit au cinéma parce que si je ne sais pas ce que je pense du monde, comment pourrais-je faire un film au fait?
Donc pour moi, il était important de cristalliser cela, mettre par écrit. Si je dois penser à un public, c'est aux gens qui ont le même problème que j'ai, ou que j'ai eu. On a bien envie de faire des films, j'ai envie de faire des films mais avec quel matériel? Mais avec quel regard surtout? Et quand on est africain, et qu'on veut avoir un regard sur le monde, parfois, on ne trouve pas toujours de support, de matériaux pour pouvoir, qui épousent presque ce que nous considérons comme des vérités et c'est vrai que tout le temps, parce qu'on a besoin tout simplement du prisme très technique que peut être le cinéma, parfois on oublie que le prisme, c'est pour regarder le monde, en fait. Et moi, c'est ce monde en fait finalement.C'est apprendre à regarder le monde, à lire le monde qui est le vrai exercice auquel je me suis livré là. |