Dès son retour au Cameroun, le sélectionneur Paul Le Guen a donné une conférence de presse qui était très attendue ce mercredi 27 janvier, à Yaoundé.
1. Le bilan de la CAN 2010 (audio)
Avant de répondre à la presse qui attendait impatiemment depuis la fin du match contre l'Egypte à Benguela, Paul Le Guen a tenu tout d'abord à donner sa vision globale: de son arrivée chez les Lions jusqu'à l'élimination lundi dernier. Voici son propos préliminaire:
"A mon arrivée à la tête de la sélection du Cameroun, l'équipe était en difficulté et l'objectif était d'abord de se qualifier pour cette CAN et si possible mieux, mais ce n'était pas évident pour la Coupe du Monde. L'objectf a été atteint en Octobre: on a réussi à nous qualifier. Mon premier grand défi lorsque je suis arrivé, c'était de redonner confiance à cette équipe, de constituer le plus rapidement mon équipe-type, avec beaucoup de stabilité pour aborder les quatre matches décisifs, et c'est dans cet esprit là que j'avais abordé le match contre l'Autriche. Effectivement l'équipe qui a joué les matches suivants contre le Togo et le Maroc, était dans la même lignée que celle que j'avais constituée en Autriche. On a gagné ces matches là, parce que l'on avait réussi à créer un climat et à mettre beaucoup de discipline autour de l'équipe, à convaincre les joueurs qu'ils étaient capables d'atteindre leurs objectifs. On a gagné au Gabon, on a gagné tous nos matches à domicile, et on gagné au Maroc.[...]
Ensuite il y a l'objectif de la CAN. On est allés en Angola avec, je le répète, un double objectif, celui de gagner la CAN ou de faire le meilleur parcours possible, et l'objectif de préparer la Coupe du Monde. Je savais pertinemment que l'équipe que j'allais constituer, à une hauteur, allait devoir se bouger pour atteindre ce double objectif, parce que je savais qu'il y avait des insuffisances, une nécessité de re-éclairer l'équipe, et d'y apporter quelques modifications, notamment, on avait trop de jeunes chez les Lions [...]
Paul Le Guen en conférence de presse à Yaoundé, le mercredi 27 janvier 2010 (capture d'écran)
Je les ai tous laissé faire pendant la CAN, alors ça comporte quelques risques mais je savais que je devais les couvrir, pour faire bouger les choses, pour donner une nouvelle impulsion, ou de nouvelles ambitions à l'équipe du Cameroun, à court terme et à moyen terme. Je considérais, et je considère toujours, qu'il y avait largement autant de risques en gardant les choses telles qu'elles étaient, et le début de la compétition me l'a confirmé. Il y avait autant de risques à garder les choses, qu'à les faire bouger, il était donc nécessaire de prendre des initiatives. Celles-ci sont venues notamment après le deuxième match, puisqu'il est parti à mon avis de façon cohérente, sur une boule de circonstances.
Mais après un début de compétition un peu poussif, j'ai fait des choix de régénération multiples, pour lui donner une nouvelle ambition, pour préparer la Coupe du Monde, pour tenter de faire le meilleur parcours à la CAN. Je pense que le match contre l'Egypte, même si on le perd, laisse à penser que j'avais raison, c'est à dire qu'on a fait un bon match. Il nous a manqué un petit peu de réussite, de concentration également, mais sachez que je n'ai aucun regret et que j'assume en tant qu'entraineur-sélectionneur tous ces choix là, cette ligne de conduite, parce que je pense qu'elle est nécessaire pour l'avenir de la sélection, à court et à moyen terme.
C'est ce que je vise, améliorer les choses de façon durable. Non pas nécessairement faire des "coups", mais pour que le football camerounais puisse avancer et soit performant durant les années qui viennent. Il faut faire bouger les choses, placer les joueurs en concurrence, faire vivre cette équipe de la façon la plus disciplinée possible, de façon vigilante, faire vivre ce groupe et je le répète cela demande un petit peu de courage, et j'en ai, un petit peu d'audace et donc voilà, je n'ai aucun regret. Je suis prêt à répondre à toutes les questions, je suis à votre disposition.
2. Le cas du gardien Idriss Carlos Kameni (audio)
Kameni a fait de très bons matches en éliminatoires, j'ai observé son parcours avec l'Espanyol de Barcelone. Je regarde les matches des joueurs que je sélectionne et durant tout le temps, il m'a paru être en forme et le numéro 1 logique de la sélection camerounaise.
Lorsque je commence une compétition, j'établis une hiérarchie des gardiens: N°1, N°2, N°3. Je considère que le poste de gardien est spécifique, c'est à dire qu'il nécessite de la confiance sur la durée et je ne suis pas du genre à sanctionner pour une voire deux erreurs d'un gardien de but, sur une compétition. Par contre, un gardien, de façon plus génerale, sur un moyen terme, est comme tous les autres joueurs, c'est à dire qu'il doit être mis en compétition, sinon les autres se décourageraient, sinon ce serait abandonner l'essence même du fonctionnement d'un groupe: la concurrence.
Dorge Kouemaha, Saïdou Alioum et Carlos Kameni à Tubize (Belgique) - Juin 2009 (Image d'archives)
Mais encore une fois, lorsque je commence une compétition, je mets du temps c'est vrai, à changer parce que pour moi il y a une vraie spécificité du poste. C'était vrai pour cette compétition. Quand on en commencera une autre, je réfléchirais et procèderais de la même façon avec celui qui sera choisi. Je ne pouvais pas non plus être une girouette, et j'ajouterais que dans ma réflexion il y avait un élément supplémentaire: j'ai parlé tout à l'heure de régéneration nécessaire avec vous, je ne voulais pas non plus aller trop loin dans les changements.
J'avais décidé de faire certains changements: si j'ajoutais une rotation de gardien de but, je rajoutais à ces changements là qui étaient déja considérables, or je voulais un mélange de stabilité et de régénération. C'est ce qui m'a conduit à maintenir Carlos. Après on est arrivés à la fin de cette compétition, et de façon logique, j'en tire les conclusions ou plutôt, je vais en tirer les conclusions.
3. Rigobert Song et Gérémi Njitap?
On ne peut pas tout jeter sous prétexte d'impressions, ou d'un mince raté. Ces joueurs-là méritent le plus grand respect: ce sont les joueurs qui ont qualifié l'équipe pour la CAN, pour la Coupe du Monde. Geremi et Rigobert Song étaient dans le groupe de titulaires ayant disputé les quatre derniers matches de qualification, et que n'aurait-on pas dit si j'avais pensé à laisser ces joueurs là, lors de la CAN ? Ces joueurs-là méritent le respect, le respect du sélectionneur, le respect du public, et je pense également qu'ils méritent le respect de la presse.
4. L'avenir + les cas Bassong/Matip (audio)
J'ai intégré trois à quatre jeunes, qui ont montré qu'ils pouvaient intégrer l'effectif. Je veux poursuivre dans cette voie. Je vais continuer à aller sur les stades en Europe, car c'est de cette façon là que j'ai eu le sentiment que Mandjeck et Enoh par exemple, pouvaient devenir des titulaires potentiels. Je vais organiser avec le staff technique, un stage rassemblant les meilleurs joueurs du Cameroun. J'aimerais venir quatre-cinq jours au Cameroun, nous organiserons un stage rassemblant les 25 ou 30 meilleurs joueurs du Cameroun, on va les mettre en situation de match, et je veux savoir si certains d'entre eux ont la possibilité de venir concurrencer ceux qui sont déja en Europe. Et je vais surtout être attentif au parcours des joueurs que j'ai déja convoqués, parce que pour beaucoup ils m'ont donné satisfaction.
Je vais regarder aussi ceux qui n'ont pas pu venir, ou ceux qui n'étaient pas en situation de venir. Je pense à Assou Ekotto qui était blessé et qui l'est toujours d'ailleurs, mais qui va revenir. Je suis attentif au parcours de Bassong, je vais et je l'ai déja fait, être attentif au parcours de Joël Matip, pour lequel j'ai demandé à la fois au ministre et au président de la Fédération, que sa situation soit régularisée. Je vais continuer à travailler.
Encore une fois, il y a la solution de rester comme on était, c'est plus confortable pour l'entraineur mais je ne pense pas que cela fasse avancer les choses et moi je souhaite justement les faire avancer, quitte à essuyer quelques critiques, mais bon, ce n'est pas fondamental, et je suis bien sûr prêt à les accepter.
Assou-Ekotto et Sebastien Bassong (Tottenham, Angleterre)
Le cas Sébastien Bassong
Je l'avais convoqué pour le match face à l'Autriche, il a débuté le match face au Gabon. Souvenez-vous, il s'est blessé au bout d'une demie heure, j'ai réintégré ensuite Rigobert Song, et Rigobert m'a donné totale satisfaction sur les matches éliminatoires. J'avais donc envie de repartir avec la charnière NKOULOU-R.SONG, de façon logique, puisqu'elle avait donné satisfaction durant les éliminatoires. J'ai appelé Sébastien Bassong, en début décembre, on a eu une conversation d'une dizaine de minutes.
Je lui ai expliqué que j'allais repartir avec cette charnière, que je préférais le laisser dans son club plutôt que de le laisser sur le banc pendant la CAN, mais que je restais attentif à son parcours. On a eu un échange tout à fait courtois et voilà, je le relancerais. Mais c'est aussi parce que son parcours à l'automne n'a pas été très heureux.
Vous savez, il n'a pas eu de chance avec la sélection nationale, il a eu deux ou trois blessures consécutives, et ça ne lui a pas permis de s'imposer avec les Lions. Il n'est pas condamné et je reste bien sûr attentif: ça dépendra de son parcours avec son club et de sa mise en concurrence avec les autres défenseurs centraux, mais bon ça peut être intéressant de le rappeler, effectivement.
5. Les jeunes + le poste de latéral gauche (audio)
Comme je vous le disais, je sais que ces jeunes joueurs là, que j'ai vu jouer avec leurs clubs, je suis absolument convaincu qu'ils ont le niveau requis pour évoluer en international et je ne les lance pas sans les connaitre un petit peu. J'ai observé les matches pendant l'automne, de l'Ajax Amsterdam, de Kaiserslautern, de Monaco concernant Nkoulou et je sais que je peux m'appuyer sur eux. Avant qu'ils jouent, je leur transmets ma confiance, je leur demande de saisir leur chance et je m'adresse forcément à l'ensemble du groupe pour dire que je m'appuie sur 11 au départ des matches, mais surtout sur un groupe homogène de 22, 23 joueurs pour assumer lors d'une compétition.
Georges Elokobi (Wolverhampton, Angleterre)
Lorsqu' Assou Ekotto se blesse fin décembre, j'ai eu la nouvelle avec le joueur, le médecin de Tottenham, et je suivais depuis des semaines le parcours d'Elokobi. Le problème c'est qu' Elokobi a joué pas mal en début de championnat, avec plus ou moins de bonheur. Mais il a moins joué durant la seconde partie, il a été moins souvent titulaire, et j'ai dû moins l'observer. Il n'a pas d'expérience internationale, et j'ai préféré prendre un joueur qui connaissait mieux le groupe, qui connaissait les autres joueurs. C'est vrai que la question peut se poser, mais j'ai préféré prendre Binya, un petit peu par "sécurité", parce que le parcours d'Elokobi, je vais continuer à l'observer durant les mois qui viennent. En début de saison il jouait beaucoup avec Wolverhampton, puis moins ensuite et j'avais des interrogations sur le joueur. J'espère qu'il va pouvoir les lever dans les mois qui viennent.
6. Les multiples changements dans l'équipe(audio)
Lors des éliminatoires, j'ai souhaité beaucoup de stabilité parce qu'il me semblait nécessaire que cette stabilité existe pour obtenir la qualification donc j'ai mis une équipe en place en Autriche. Cette équipe a très peu varié. Il était logique de repartir avec cette équipe au départ, à la CAN. Il y a eu très peu de changements entre le premier et le deuxième match, parce qu'il me semblait logique de redonner une seconde chance après le premier match. Mais après vous ne pouvez pas vouloir regénerer un groupe et ne pas faire de changement, il faut être cohérent. A un moment donné, le seul critère, c'est la performance du joueur, c'est ça qu'il faut.
Jean-Pierre ESSO
Au sujet de l\'auteur:
Journaliste depuis janvier 2002, je m'occupe des sports sur Okabol.com, après avoir été rédacteur à Camfoot.com, correspondant de Fifa.com pour l'Afrique à Paris, rédacteur de "lives" à Eurosport.fr, reporter pour Cifoot.com et radio Jam Abidjan au Mondial 2006.