Née à Yaoundé au Cameroun il y a 35 ans, Sandra Nkaké aurait du devenir prof d’anglais. Mais elle est rattrapée par ses premiers amours, la musique et le théâtre. Juste avant son concert du vendredi 24 octobre au New Morning et la sortie de son premier opus, « Mansaadi », qui signifie petite maman en langue douala. Elle nous fait des confidences.
Okabol: Ton premier album est là, Mansaadi, comment se décide-t-on à enregistrer et sortir un album à un moment donné ?
Sandra Nkaké : Beaucoup de projets, de l’afro beat à l’électro, du jazz à la musique classique, dans lesquels je me m’épanouissais toujours, et à un moment donné j’ai sentis une légère frustration. Lorsque je suis dans un projet de musique ou de théâtre, je me donne à 300% et à partir du moment ou je sens qu’il me manque quelque chose, je me dis que plutôt que d’être frustrée, le moment est venu de créer mon propre univers qui pourrait être un plaisir et un partage lorsque je travaille avec les autres. Je ne cesserais pas d’être en collaboration car c’est ce qui me fait découvrir des chemins que je ne pourrais pas découvrir toute seule. J’ai été surtout programmée au China Club, sur scène on a rôdée le répertoire et autant je pouvais être libre en chantant le répertoire des autres, autant je pouvais me retrouver enfermée en chantant mon répertoire. Ce qui parait assez contradictoire. J’avais plus de tendresse pour les autres que pour moi-même. En ce qui concerne la sortie de mon album à ce moment précis, autant on pourrait me dire que j’aurais pu le faire il y a longtemps, mais il faut savoir qu’il y a une vraie différence entre une maturité vocale et une maturité artistique. Je n’étais pas prête même si les gens pensaient le contraire. Il est important pour moi, de me sentir libre en enregistrant, de m’amuser. Je veux que le plaisir que je prends soit palpable et audible. Je veux aussi montrer d’autres facettes de moi, donner des clés sur une partie de moi, une petite fille parfois un peu introvertie. C’est surtout le décès de ma maman, à qui je dédie cet album, qui a accéléré le processus d’enregistrement de cet album. En regardant le fil de sa vie, elle est partie à l’âge de 52 ans, elle m’a toujours élevée avec cette idée que le maintenant qui est le plus important. Tu ne sais pas quand tu vas partir. Je me suis donc dis qu’il n’y a pas moyen que je parte sans avoir fait au moins un album. Je suis optimiste, voire utopiste. J’ai pas mal de projets et avant de les faire j’avais envie de poser les jalons de ce que je suis, de ce que j’aime. Beaucoup de mélanges Soul, Jazz, Cameroun, Serbie, des choses que je ne contrôle pas, et je me sens bien comme ça. 
Comment ressortir ton emprunte à travers ces mélanges ? J’ai une certaine pigmentation et des cheveux assez crépus, j’ai écouté beaucoup de musique afro américaines. J’ai plus écouté de la musique pop, folk, classique, ainsi que du blues et du jazz. Ma voix se rapproche plus de celle de Nina Simone que de celle de Joan Baez, il s’est trouvé que je chantais plus les chansons de Nina Simone. Ce qui m’importe c’est ce qu’une musique créé comme émotion dans mon corps. Il y a quelques années, j’ai joué dans un spectacle qui s’appelait Zigzag, avec une Anglaise et une Marocaine. Il y avait cette envie, dès le départ à avoir accès à des langues différentes, des couleurs musicales différentes, on chantait en yiddish, en arménien, j’ai chanté des chants berbères. J’ai été touchée par la musique des temps des gitans. Mon album est-il soul ? Je ne sais pas, je n’ai pas envie d’être enfermée, ce n’est pas non plus une soul classique. Tout dépend aussi des morceaux. C’est comme un déroulé d’une journée : je peux passer par dix émotions différentes dans la même journée, en restant la même personne. Et c’est important de montrer que je suis multiple. Pour le titre « Mansaadi », il y avait comme une urgence pour moi de le faire. Dans le processus, il était intéressant : Réveil à 3 heures du matin, grosse envie de chanter, donc j’allume tout mon matériel. Sur une piste, j’ai enregistré une calebasse et ensuite j’ai fait un premier chœur, un deuxième, un troisième. Ensuite j’ai enregistré la voix lead. Je n’ai rien retouché. J’avais envie d’avoir une chanson comme ça, assez brute. Je n’y ai pas réfléchis par rapport au reste où il y a plus de qualité. Mais ce morceau est particulièrement étrange. L’humeur dans laquelle je suis est contradictoire avec le texte, où je dis que je me sens mieux. Lorsque je chantais, je pensais à ma mère, j’avais envie de pleurer, je me disais que ce n’était pas possible de partir aussi vite, je me disais que je ne suis pas prête, avec la sensation que lorsque je me retournais, la porte était fermée et que je devenais la porte. Pour me sentir libre, il fallait que je délivre toute cette tristesse. 
Comme tu l’as dit tantôt, tu aimes les collaborations, les rencontres, qu’est ce cela t’a apporté ? Un regard différent sur moi à chaque fois. J’ai rencontré Gérald Toto en 1993, je débutais. Et lorsqu’on chantait ensemble, je n’arrivais pas vraiment à savoir, dans les chœurs, qui chantait ; alors qu’on n’a pas la même texture de voix. Je suis dans un registre plutôt âpre et tout d’un coup, de la douceur en est sorti. Ce qui m’a permis de changer de registre ; tout cela m’a amené à essayer des choses différentes, faire du théâtre, comprendre que faire de la musique est un partage, un médium et non une finalité. Les rencontres passent de Gérald Toto à David Walters, en passant par China, Sandy Cossett, chacun ayant des répertoires différents mais similaires avec ce que je fais. Nous avons un même regard sur le monde, sur la musique. Lorsque je chante avec eux, je donne tout. Tu nous proposes un voyage musical de Brassens à Birago Diop, comment arrives-tu à naviguer entre ces 2 mondes ? Comment se fait le choix des chansons ? Comment se construit ce pont ? Le pont s’est construit naturellement. Je ne me suis pas imposé une chanson de Brassens. J’étais entrain de composer un morceau et j’avais très envie de chanter en français, puisque la plupart des chansons sont en anglais. Le premier texte qui s’est imposé c’est la « Mauvaise réputation ». Je ne sais pas pourquoi ? C’était une évidence. Je me suis lancée. Je l’ai fait écouter aux musiciens, et 2 jours plus tard, on le jouait sur scène. Ces mots me correspondaient, au-delà de mon sexe. C’est un des rares auteurs que l’on pourra chanter dans 200 ou 300 ans. J’ai beaucoup écouté Brassens étant petite, ce texte me ressemble et me correspond parce que souvent on me dit que je ne suis pas là où on m’attend. Tout à l’heure tu me demandais comment je me définirais ? Je dirais assez brute, assez garçonne, et parfois ultra féminine. Et cette chanson parle de ce côté un peu rugueux. C’est du Brassens, mais le rythme derrière s’inspire plus de l’Afrique. Birago Diop parce que « Souffles », c’est un poème qui a bercé mon enfance, je l’ai lu à l’enterrement de ma mère. Ce poème, dans l’album, précède une chanson éponyme, dédiée à ma mère, et il fallait que la transition soit douce. Il se trouve que ce poème a un lien avec Présence Africaine, dirigée par Madame Diop, pour laquelle ma mère a travaillé pendant des années. Il y a donc une boucle très cohérente. Les « Stay True », « Happy » sont inspirés de ce que j’a écouté, Aretha Franklin, Prince, les voix Bulgares, James Brown, je ne saurais expliquer comment le mélange se fait, mais j’essaie de suivre mon instinct. Je fais aussi confiance à mes musiciens, qui eux aussi, font de même. Quels sont les mots que tu choisirais pour amener le public à t’écouter ou acheter ta musique ? Ayant été conçue à Paris, je suis née à Yaoundé, je me sens bien partout. Si on s’attend à de la musique camerounaise on sera très déçu. J’ai envie d’aller jouer partout, pour rencontrer les musiques du monde. J’espère que le public va trouver que j’ai fait du bon travail, que j’ai été assez sincère. Sandra Nkaké en quelques dates 1973 Naissance au Cameroun et 3 mois plus tard, départ pour la France 2005 Elle est "Lady Beltham", maitresse de Fantômas dans la comédie musicale funk-baroque déjantée “Fantômas revient” de Pierre Pradinas ( musique de Christophe Mink et Dom Farkas), aux côtés de Romane Borhinger, Jean-Fi Dary, David Ayala, Thierry Stremler entre autres 18 juillet 2008 Ouverture du concert de Al Jarreau à Deauville 21 octobre 2008 Sortie nationale de « Mansaadi » www.myspace.com/sandrankake En concert 24 octobre 2008 New Morning (Paris) 5 novembre 2008 Salle Daniel Ferry (Nanterre) 16 janvier 2009 Festival Margose (Aix en Provence) 31 janvier 2009 L’usine à Châpeaux (Rambouillet) 10 mai 2005 Festival Margose (Rio de Janeiro) |