Le retour gagnant de Tanya Saint-Val
Par Samuel Njakwa   

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Depuis 22 années, la Guadeloupéenne Tanya Saint-Val nous abreuve d’un zouk magique, intelligent et entraînant. Elle présente « Soleil », son nouvel album. Confidences.

Cet album s’intitule « Soleil » pourquoi ?


Parce que au cours des six dernières années il s’est passé beaucoup de choses dans ma vie. Je rappellerais simplement que c’est aussi un concept ; bientôt arrive l’album « Lune ». Le soleil illumine, il donne de la couleur, on en a tous besoin : les plantes, les humains, la planète a besoin de lumière. La planète a aussi besoin de la lune et des étoiles. C’est un cycle naturel. Mes deux garçons, Jérémy et Samuel me donnent du soleil. Je voulais aussi que dans cet album, il n’y ait pas que le côté musical. Je voulais aussi qu’il exhorte, qu’il aide à la réflexion. Le soleil peut-être comparé au Zouk de chez nous, il y a plein de musiciens talentueux sur ce projet. La musique lune est plus acoustique, plus contrebasse, les violons, l’album « Lune » arrivera bientôt avec cette douceur, cette fragilité, pas loin de la nuit, la mer, le soleil qui se couche, moins agressif, plus tempéré. C’est l’univers que je me suis créé. Cette musique acoustique, vivante, qui est en moi depuis des années, que j’ai voulu travailler et offrir à mon public.

 

Un « Soleil » qui vous ressemble


Oui mais parfois je suis aussi « Lune » : J’aime la contrebasse, les mélodies douces, le dix-huit heures, le vingt heures au bord de la mer, je trouve ça aussi très apaisant.

 

Et combien de temps vous a-t-il fallut pour le faire ?


Il y a des titres sur lesquels j’avais commencé à travailler depuis très longtemps. Mais pour l’essentiel, ça m’a prit pratiquement 2 ans entre mes venues en France, mes rencontres, le travail en studio et j’en suis satisfaite.

 

Votre musique s’écoute pratiquement dans toutes les circonstances, on peut danser dessus, ou l’écouter en lisant un livre. Comment avez-vous réussis cette alchimie ?


C’est exactement ce que j’ai voulu faire et c’est pour cela que l’apport des musiciens est très important. C’est aussi du au fait que pendant des années, on ne m’a pas vu. J’ai surtout travaillé avec des musiciens qui pratiquent du Caribbean jazz. Ceci dit, ma musique reste zouk. Mélodiquement, au niveau des guitares, de la basse, tout est vivant. Il n’y a pas que de la programmation. Je voulais aussi de la douceur.



Tanya St Val; photo: Slam photography

Mais qu’est ce qui fait la différence entre cet opus et un album zouk lambda ?


C’est aussi et surtout les sujets que je traite : Il y a surtout une envie de rassembler le peuple créole. Toutes les îles qui sont un peu éparpillées, qui dépendent « de »… Et aujourd’hui, même si elles dépendent « de »…, parce que c’est l’histoire, « nous » devons être reconnu comme une Nation créole. Le créole est une langue, on a un vrai potentiel, j’invite à ce rassemblement. La chanson « Wozé Jadin », que j’aime beaucoup, signifie arroser le jardin. Il s’agit ici du jardin de la vie, du jardin de l’amour. On ne peut que l’arroser avec quelque chose de propre, de pure, l’amour. Souvent, dans notre race, la race noire, la diaspora, on a du mal à aimer les autres. On a du mal avec l’Amour, de manière générale. Il faut accepter l’Amour de quelqu’un et accepter de donner. Qu’on soit un grand patron, une star ou je ne sais quoi, sans amour on n’est rien. Et c’est mon cheval de bataille. L’Amour c’est tout, c’est important : c’est ce qui fait qu’on peut respecter l’autre. Le titre« Poté Manèv », (il n’y a pas vraiment d’équivalent en français) traduit le fait de faire ce qu’il faut pour avancer : on a suffisamment regardé derrière nous, toute l’Histoire, l’esclavage et il est tant de se dire qu’on le sait, qu’on apporte autre chose et qu’on aille de l’avant. Je tiens aussi compte du fait que je sois aujourd’hui mère, épouse, femme. En tant que maman, quand je vois ce qui se passe dans les écoles, toute cette violence, le « raquet », j’ai peur. Nous sommes entrain de singer tout ce que font les Américains, que ce soit positif ou négatif, mais je ne trouve pas toujours cela vraiment génial. J’ai peur pour mes enfants, nous en avons tous et toutes, que ce soit dans les cités, aux Antilles ou en Afrique. Et l’Amérique n’est pas forcément un modèle positif.

Il y a aussi une chanson fabuleuse qui s’appelle « A la Télé » (qui se termine avec des tambours). Lorsque je regarde « clip TV », je vois toutes nos femmes, toutes nos filles souvent dénudées. Je me dis qu’elles ont le choix : C’est bien de faire ce qu’elles veulent, mais il n’y a pas que ça ! J’aimerais tellement qu’on nous prenne au sérieux, qu’on soit valorisé par autre chose que par notre corps ou le sexe…. C’est autant de choses sur lesquelles j’ai mis le doigt. Effectivement je peux le chanter avec Amour mais pas avec « sexualité » ni sensualité dans la voix. Même si c’est du zouk, il y a une façon de chanter ou de raconter de manière sérieuse. L’Amour n’est pas un sujet tabou, c’est grâce à lui que nous sommes là. Je ne suis pas une puritaine, il faut parler de tout et je suis très contente d’avoir abordé tous ces sujets. Il y a des sujets qui amènent à l’exhortation, comme « ça ira mieux demain », un titre avec Lady Sweety.

Pour revenir sur l’union du monde créole. Est-ce à dire que parce qu’il y a des créoles anglophones, hispaniques, francophones, il était désuni ?


Le monde créole ne peut pas être uni s’il n’en a pas conscience. Les gens se rassemblent lorsqu’ils se reconnaissent. Lorsqu’on regarde du côté de l’île Maurice, de la Réunion où on parle le créole, du Sud des Etats-Unis, les Seychelles, Trinidad, Haïti, où on parle le créole aussi, il y a beaucoup d’îles comme ça, où il y a des gens qui ont subit l’esclavage. Le but n’est pas de s’arrêter dessus, mais de se dire que aujourd’hui, on se ressemble, on a une identité, qui a été mélangé avec d’autres cultures, elles aussi mélangées, qui se retrouvent dans la « créolité ». Il y a un monde créole. Il faut en être conscient, ce monde existe, légèrement différent, mais nous avons pratiquement subit la même Histoire. Je pense qu’il y a une nation créole. Demain il y aura peut-être un dictionnaire créole, un édifice créole. Les Créoles sont peut-être des descendants d’Africains et de Métropolitains, mais ce sont d’abord des Créoles.

Cet album est-il pour vous une façon de tirer la sonnette d’alarme, un coup de gueule ou juste une envie de dire ce que vous pensez ?


C’est une envie de dire et de chanter sur le zouk des choses harmonieuses, différentes. Je peux aussi chanter des chansons d’amour. Je chante sur des sujets qui font partie de la vie, il y a beaucoup de sujets qui me touchent mais qui ne peuvent pas être que des sujets d’amour. Je suis maman, j’ai deux garçons et je suis consciente des difficultés de ce monde, j’essaie de dire les choses tout simplement.

 

Si on revient sur la musique, on peut aussi se rendre compte que cet opus est assez éclectique, il est riche de différents rythmes, c’est aussi pour vous une façon de revisiter la Caraïbe

Je suis une Créole, une caribéenne. Quand on me regarde il y a tout : ma grand-mère était indienne, mon grand père était blanc, mon père est métis, ma mère est noire, c’est ce qu’on est. On aime le reggae, on écoute le compas, le zouk, c’est ça le monde créole.



 

Vous parlez de votre regard sur le monde, vous avez des jeunes enfants, les jeunes d’aujourd’hui font une musique différente de la votre, quel regard portez-vous sur cette musique ?


Tout le monde a le droit d’essayer, tout le monde a le droit d’exister. Quand on n’a pas beaucoup d’expérience, on fait les choses comme on peut. L’important n’est pas de ne pas faire, mais d’essayer de faire. Tous les jeunes artistes ont vécu des choses, demain ils vont apprendre. J’ai fait l’album « Tambour », je n’en suis pas fière. Quand j’écoute « Mi chalè », la voix que j’avais, j’entends des erreurs, pourtant ça a été un tube. La perfection ne s’allie pas forcément avec tube, il y a des choses qui cartonnent et on se demande pourquoi ? Mais c’est simple, c’est ce que les gens ont aimé. Peut-être qu’aujourd’hui, je suis devenu un peu plus exigeante avec moi-même, avec ma musique, mais j’encourage les jeunes. Faire de la musique c’est aussi donner de soi. Quand on est jeune, on apprend. Paris ne s’est pas fait en un jour, un artiste ne se créé pas en un jour, il y a des choses qu’il va rejeter ou améliorer, et plus ça va, plus il se valorise, plus il aura des choses intéressantes à dire. Il y a des zouks que je n’aime pas, comme le reste, mais je suis confiante dans l’avenir par rapport à cette musique.

Vous avez tenu le rôle de Winnie Mandela dans la comédie musicale « SOWETO », qu’est-ce qui vous a poussé à le jouer ?


J’ai passé une audition et j’ai trouvé l’écriture à la hauteur. C’était bien pour moi de travailler avec Serge Bilé, c’était une belle initiative. Je suis assez curieuse. Si aujourd’hui je peux parler comme ça c’est parce que je suis passée par là. Et chaque étape est importante. J’ai compris la peine, la souffrance, je me suis rapprochée du personnage de Winnie Mandela pour pouvoir la chanter, j’ai compris l’époque, ce qu’elle a pu vivre avec un mari pas là ; ça m’a permis de rencontrer des articles différents, que je ne connaissais pas, c’est de l’échange, du partage et j’en suis contente.

Est-ce à dire que le théâtre vous intéresse ?


Non, parce que c’était un essai, j’étais contente de l’avoir fait. Je ne sais pas encore si je me sentirai bien dans le théâtre. J’ai fait « La Baie des flamboyants » que tout le monde a critiqué aux Antilles, mais pour moi il n’y a pas de petits commencements. C’était un téléfilm, une sorte de « télé novelas » mexicaine, qui passait aux Antilles. C’est vrai que nous n’étions pas comédiens, pas qualifiés pour ce type d’exercice, mais comme c’était produit par RFO, je me suis dis qu’il faut que je le fasse, parce qu’il faut bien commencer. Il y a un vrai cinéma africain qui se bat, un vrai cinéma français, il n’y a pas suffisamment de choses dans le cinéma antillais. On patauge, on essaie d’exister, on n’a pas de visibilité, on n’a pas de salle, tout est axé vers la France, c’est aussi difficile d’être Créole. Si on me propose quelque chose et que le personnage me plaît, que j’y trouve un intérêt quelconque, oui, je le ferais. Je suis une artiste.

 

Pour écouter l’album


www.tanya-saint-val.com / www.myspace.com/tanyasaintval

 



Discographie


2008 Soleil (Netty Prod)

2006 Good Vibes (Netty Prod)

2005 Paris-New York (Netty Prod/Créon)

2004 Noël Gospel (Netty Prod)

2002 Ansanm (Netty Prod/Créon)

2002 1802 (Netty Prod)

2001 Live au Zénith (Sony)

2000 Best Of (Sony)

1999 Best of (Debs)

1998 Avoir Envie (Globe Music)

1998 Secret (Globe Music)

1996 Amethyste (EMI)

1994 Mi (Polygram)

1993 Pou Zot (Polygram)

1991 Soul Zouk (Polygram)

1989 Zouk à Gogo (Debs)

1986 Tambou (Debs)


Samuel Njakwa
Au sujet de l\'auteur:
Après des études de sciences politiques à Montréal (Canada), il s’installe définitivement à Paris en 1994. Journaliste politique jusqu’en 1996. Après avoir lancé un magazine, le disque africain, en 1998, il est atteint par le virus de la photographie. Virus qui ne le lâche plus depuis…
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