Ils ont connu Charlotte...Jean-Pierre Bekolo (1)
Par Administrator   

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Témoignages de divers artistes camerounais qui ont croisé de près ou de loin la chanteuse Charlotte Mbango, récemment disparue...Premier de la série, le réalisateur Jean-Pierre Bekolo, qui avait mis en images la chanson "Konkaï Makossa", l'un des tubes les plus populaires de la diva du makossa.
 
Jean-Pierre Bekolo, comment avez vous connu Charlotte Mbango?

Charlotte, je l'ai rencontrée à travers l'artiste-producteur Aladji Touré. J'étais étudiant en France et j'étais parti en vacances au Cameroun. C'était la première fois qu'on voyais Touré physiquement parce qu'on ne le connaissait pas. J'avais donc fait un petit reportage sur lui en mettant en images tous les disques, toutes les pochettes qu'il avait faites. Revenu à Paris, il m'a dit qu'il aimerait bien qu'on fasse des choses ensemble. Etant toujours étudiant, j'étais assez libre, j'avais le matériel, je voulais faire des choses surtout que j'avais déjà fait quelques petits clips au Cameroun. Aladji Touré m'a donc envoyé une première personne pour faire un clip, c'était Charlotte Mbango, que je ne connaissais pas personnellement. On s'est rencontrés et tout de suite on a une une complicité entre nous, avec une petite bande de gens avec qui j'habitais à l'époque. Elle nous a amené une très belle fille, Myriam Betty, qui était chanteuse. C'est elle qui joue la fille qui "pigeon" (*) dans le clip.

aladji

Aladji Touré
Jean-Pierre Bekolo 
 
Qui décide du scénario? c'est elle, c'est vous, ou alors c'est le texte de la chanson?

C'est moi! Charlotte m'avait raconté et traduit  l'histoire de Chouchou, une fille qui sort, tout ça, voila...Et donc voilà comment j'ai pondu un scénario un peu évident. La fille sort, elle va retrouver les amis en boite, en fait, dans une fête. Le père va d'abord l'empêcher de sortir, mais elle va tout de même sortir en mettant son kaba...On a utilisé ce qu'on avait, on a tourné en deux jours! En fait j'habitais à Brie sur Marne, et j'étais à l'école en face. On a fait ce qu'on pouvait. Son mari conduisait la voiture, on a un peu filmé, sa maman c'est elle qui découvre dans le clip que Chouchou a disparu. Tout ça a été tourné dans l'appartement à Brie sur Marne de Mme Ngoa, qui est maire d'Akono, près de Yaoundé. C'est une française qui est maire d'Akono, et les métis du clip sont ses fils. Il y a aussi dedans Claude Mbahia, qui est ivoirien. c'est lui qui joue le rôle du père et aussi celui du dragueur en chapeau. Ce qui etait vraiment bien c'était la complicité. j'avais tourné une partie également en studio, à l'INA, mon école. La partie où elle est habillée en tee shirt en damier noir et blanc. Tous les autres étudiants m'ont donné un coup de main sur le projet. On s'est bien amusés en tous cas. C'est vrai que ce clip a cristallisé une rencontre à Paris. Charlotte c'était quelqu'un de sympa, d'enthousiaste. Je la vois avec plein de vie, dynamique et les images de l'époque parlent, ça faisait longtemps que je n'avais pas vu ce clip. Je l'ai retrouvé il y a peu sur Youtube, j'avais même oublié que je l'avais réalisé!

 
Pourtant c'est un peu grâce à Konkaï Makossa que votre carrière de réalisateur de film se lance?

C'est grâce à ce clip que je suis revenu en France. Quand j'ai terminé mes études, je suis parti faire un tour aux Etats Unis, puis après un retour en France, je suis retourné au Cameroun. J'ai repris mon service à la CRTV (Cameroon Radio & Television) à l'époque, et à ce moment là, j'ai eu un coup de fil d'un producteur de la télévision suisse qui a vu ce clip, puis contacté Charlotte qui lui a donné mes coordonnées. Voila comment il m'a contacté pour me demander d'aller tourner avec lui un film au Togo. J'ai demandé ma mise en disponibilité de la télévision, suite à cette offre de ce producteur franco-suisse. C'était vers les années 90 ou 91. Je pars au Togo, on fait des repérages pour un projet de film, et je remonte à Anemmasse à la frontière suisse pour travailler avec ce producteur avec qui je ne m'entend pas finalement. Je me souviens lui avoir demandé: "est ce que vous pensez que je peux faire un bon film?" Il m'a dit: "Non". Alors je lui ai dit que dans ce cas,  je n'avais plus rien à faire là bas (rires). Je n'avais pas envie de faire un premier film à n'importe quel prix.

Tout le monde m'a dit que j'étais con de laisser passer une telle opportunité où tout était financé. Le voir travailler chez lui, préparer des films m'a motivé et donné plus tard envie de faire "Quartier Mozart". Voila comment je quitte Annemasse pour Paris, et que je me suis mis sur mon film Quartier Mozart. C'est juste pour dire que le point de départ, c'est le clip Konkaï Makossa. Charlotte Mbango, c'est quelqu'un qui avait de l'énergie que les choses se fassent. Elle m'a mis en contact avec Myriam Betty, qui m'a présenté Esther, la soeur de Princess Erika, qui elle même m'a présenté Joëlle Esso. C'est vrai que cette rencontre a débouché sur beaucoup de personnes qui sont toujours présentes autour de moi jusqu'aujourd'hui. Charlotte est toujours là. Ce genre de personne, quand tu les rencontres, elles ne te laissent pas indifferent, ce genre de rencontre ne peut pas aboutir sur rien.

 

joelle esso
 
Joëlle Esso (sur l'écran, à gauche avec le badge) a chanté dans la bande originale du film de JP Bekolo, "Les Saignantes"

 

Quel est votre regard sur la disparition de Charlotte?

Quand on est gens d'image, il y a un côté d'immortalisation. Nous sommes là un peu pour immortaliser les gens. J'ai un peu de mal à imaginer autre chose que ce que j'ai en images, en fait. Moi j'ai toujours envie de rester dans la célébration des gens, parce que quand on fait des images, on les immortalise. Et pour moi Charlotte, quelque part, ne peut pas disparaitre! Elle ne peut pas mourir! Le reste, je n'ai pas envie de trop savoir, je positive comme elle était, c'est un peu ce que je ressens, cette vitalité, sa musique qui est là. On ne s'est pas revus plusieurs fois, je la rappelle, on se reparle, elle me dit "je suis en train d'ouvrir un jardin d'enfants à Douala" et tout ça. C'était Charlotte, et voila. Je préfère rester sur ce qui est la vie en fait.


(*) Pigeon : Sortir en cachette, sans la permission des parents (en argot camerounais, le "Camfranglais")

propos recueillis par Jean-Pierre ESSO

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